Au XIVe siècle le monde a déjà connu des épisodes de peste notamment entre le VIe et VIIe siècle. A l’origine, ce terme de "peste" ou "pestilence" désigne les maladies en général. La peste noire, ou mort noire, est une épidémie meurtrière qui touche l’Asie, l’Europe, l’Afrique du Nord et qui connaît des apparitions récurrentes entre 1348 et 1440. Sa transmission se fait à partir de la puce Xenopsylla Cheopis présente sur les rongeurs et plus particulièrement les rats[1]. C'est à partir de ces animaux que la bactérie prend du terrain et arrive jusqu'à l'Homme. Pour autant, c'est plus préisément le bacille Yersina pestis -présent dans la puce- qui permet la contamination.
Cette peste du XVIe siècle est connue sous deux formes :
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une forme bubonique qui nécessite une incubation entre 2 et 6 jours. Les symptômes sont de la fièvre, des maux de tête, diarrhées, douleurs musculaires, crachements de sang et des plaques noires. Le nom de cette forme n'est pas sans signification : ces plaques se transforment ensuite en bubons hémorragiques[2] qui apparaissent au niveau de l’aine, de l’aisselle ou encore du cou. La peste bubonique apparaît durant la période hivernale et peut être fatale. Cependant, il est possible d'en guérir (entre 10 à 20 % de guérison).
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une forme pneumonique où les muqueuses et les poumons sont infectés et où la mort survient en moins de trois jours. Contrairement à la peste bubonique, cette forme apparaît au printemps et en été. Mais on ne sait pas beaucoup de choses sur celle-ci si ce n'est qu'on suppose qu’elle s’attrape par les voies pulmonaires.
C’est en Asie Centrale que réapparait en premier la peste. Avec le commerce florissant de cette période, il est fort probable que les rats aient traversé ces routes en compagnies de produits vivriers ou textiles pour arriver en Méditerranée. En Crimée, le port de Caffa possède des connexions aussi bien avec l’Est que l’Ouest. Il paraît ainsi évident que les rongeurs soient parvenus jusqu’ici. La ville, assiégée par un général venu de l'Est, est alors touchée de plein fouet. L'homme, dont les troupes sont déjà décimées par la maladie, décide de contaminer Caffa en lançant les cadavres des ses soldats. Cette action a des répercussions sur tout l'Ouest européen. Les navires qui partent du port sont alors infestés de rats contaminés par la puce. L’Italie est la première ville qui doit faire face à cette maladie. Cette dernière se propage et en 1347 des galères en provenance de Gênes atteignent Marseille qui les accueille à bras ouverts espérant faire marcher leur commerce. Mais c’est une erreur qui coutera cher que la ville commet. En effet, la peste atteint Avignon[3] en 1348 puis l’Alsace et la Lorraine un an plus tard. L’épidémie se dirige ensuite vers l’Allemagne et l’Angleterre environ à la même période. Pour ce qui est des pays de l’Europe de l’Est, ils sont touchés par la peste en 1351, mais moins fortement. Les habitats dispersés et uncommerce moins développé leur permettent de limiter la propagation.
Face à cette crise grandissante, les Hommes concernés se mettent à chercher une raison à ce mal ainsi que des solutions. Mais n’arrivant pas à être rationnels, ils se tournent vers le spirituel. L’une des théories les plus répandues à cette époque est celle du châtiment, de apocalypse divine. La peste aurait été envoyée par Dieu afin de punir les Hommes de leurs pêchés. Cette théorie nous permet d’apercevoir la pensée dominante de l’époque, celle de la religion. La peste noire pourrait aussi être due à des empoisonneurs qui auraient avoué leur crime. C’est notamment ce que pense le viguier de Narbonne qui prétend avoir capturés des mendiants et des pauvres qui auraient répandu une poudre empoisonnée. Pour ce qui est des aveux, on peut les ramener aux conséquences des tortures prodiguées contre les accusés. Il y a aussi des théories sur l’alignement des planètes ou encore sur une attaque des ennemis du royaume des francs.
Avec cette diversité de théories, on retrouve une diversité de « traitements » pour faire face à l’épidémie. La première réaction est alors de fuir, de fermer les portes de villes, mais la peste les poursuit toujours. Des villes telles que Messine chassent les malades, abandonnent les cadavres. Au niveau de la médecine, on tente la pratique de la saignée et des incisions de bubons. Pour calmer la colère de Dieu, on effectue des pèlerinages, pénitences, cultes des saints et des des reliques mais sans succès. Ce sont les minorités qui constituent finalement le bouc émissaire: les juifs, les musulmans, les étrangers, les couples qui ne sont pas mariés, les invalides, les mendiants, les pèlerins et même certains nobles se retrouvent au centre des accusations. L’Allemagne, par exemple, est marquée par des flagellations souvent antisémites et des pogroms servant de mesures préventives. A la fin de l'année 1348, des juifs sont même brulés dans plusieurs villes et cette pratique ne s'arrêtera pas avant des années. On compte environ 360 massacres antisémites à cette époque mais aussi certains contre les flamants. Cette violence sur les juifs pourrait être tout d’abord l’aboutissement de haine et de stéréotypes qui croissent depuis l’Antiquité. Mais la prise pour cible de ces groupes provient d'une autre raison : celle de la « panique collective »[4]. En effet, se pensant condamnés, les Hommes de cette époque réagissent avec ce qui est à leur portée : la violence.
Juifs brûlés vif durant la Peste Noire, Gravure bois, SCHEDEL Hartmann, Liber chronicarum cum figuris et ymaginibus ab initio mundi, Nuremberg : Antoine Koberger, 1493
Même après le passage le plus meurtrier de cette peste, des mesures sont prises afin d’éviter un possible retour. A la fin du XIVe siècle, en Italie, on met en place des quarantaines puis vers 1494, les billets de santé pour les voyageurs apparaîssent en France. Se répand également la désinfection des maisons et des marchandises avec des parfums soufrés ou encore la création des bureaux de peste. L’épidémie reste donc gravée dans les mémoires et tous s’activent afin de la faire disparaître.
Comme il est facilement devinable, cet épisode de peste à causé énormément de morts et ce, sur plusieurs années. Jean de Venette écrit qu’il n’y a plus de place dans les cimetières[5]. C’est d'ailleurs le cas de la ville de Tournai. En Italie on estime qu’il y a une perte de plus de la moitié de la population. En France les morts représenteraient 42% de la population, contre 60% pour l'Espagne, 35% en Autriche, ou encore entre 35 et 50% en Allemagne. D’après C. Klapish-Zuber, Les toscans et leurs familles, 73% des morts durant la période de mai à août sont dues à la peste contre 36% le reste de l’année. Toutes les catégories d’individus qui sont touchés : pauvres, riches, adultes, enfants, veiux. Si certains villages connaissent la mort de la quasi-totalité de leurs habitants, les villes voisines peuvent être épargnées, ou du moins nous n’avons pas de trace du passage de l’épidémie. L’impact de la peste d’un endroit à un autre est variable et se ressent dans les archives des villes . Les enregistrements de testaments sont alors plus nombreux : on retrouve des périodes creuses avant des périodes de naissances. Le manque de main d’œuvre, l’abandon de villages, etc, sont aussi des facteurs révélateurs du passage de la peste. Si certains endroits ne sont pas marqués administrativement par les pertes de la maladie, c’est en partie car l’administration ne pouvait pas être menée à bien si elle manquait d’institutions et d’Hommes.
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GENET Nicole, GAUVARD Claude, NIRENBERG David, Violences et minorités au Moyen Age, Presses universitaires de France, 2001
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DEREGNAUCOURT Jean-Pierre, La mort au Moyen âge: les hommes et la mort à la fin du Moyen âge, J.-P. Gisserot, 2007
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BALARD Michel, DEMURGER Alain, L'Occident médiéval XIIIe-XVe siècle, Hachette supérieur, 2008
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KARE Lunden, L’Europe en crise 1300-1500, Mémoires du Monde vol. 6
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MICHAUX Madelaine, Histoire du Moyen-Age, Eyrolles, 2011
[1] Notamment les rats noirs qui sont plus présents autour des hommes et très répandus contrairement aux rats bruns qui préfèrent rester loin des Hommes.
[2 ] Michel de Piazza, chroniqueur à l’époque médiévale, décrit ces symptômes dans Historia Secula ab anno 1337 ad annum 1361, cet ouvrage nous informe sur la peste qui sévie à Messine à ce moment-là. Guy de Chauliac, un médecin du pape Clément V, décrit également ces symptômes.
[3]C’est une ville importante ,car elle est, à cette époque, le siège de la papauté.
[4]“ Les psychiatres et sociologues comprennent comment l’homme réagit à l’angoisse : par la peur, l’attaque ou la projection. La peste les inspira toutes trois.” Delumeau, La peur p. 98
[5] “La mortalité fut si grande à l’Hôtel-dieu de Paris qu'on portait chaque jour sur des chariots pour les ensevelir au cimetière des Innocents plus de cinq cents morts” cité par S. Lebecq.
