
Cette fiction a été écrite par Margaret Atwood en 1985 sous le nom de The Handmaid's tale. Devenue l'une des grandes références de la dystopie, l'œuvre a été adaptée de nombreuses fois que ce soit en films, série télé ou encore en ballet. Elle possède d'ailleurs une suite "The Testament" publié en 2019. La servante écarlate nous permet de nous questionner sur la liberté des femmes des années 80 en Amérique. Malheureusement et malgré tous les efforts mis en place, ces interrogations sont toujours d'actualité notamment aux US avec les lois contre l'avortement. Margaret avait-elle donc prédit l'avenir ?
Un monde fictif
Dans ce monde fictionnel où les femmes se sont vu retirer jusqu'à leur identité, Defred vit au service d'une riche famille. Elle fait parti des "anges", des femmes fertile devant offrir aux puissants commandants et à leur femme un enfant. Mais celles-ci sont soumises à la surveillance de l'Oeil, une organisation prévue pour maintenir l'ordre. Si elles parviennent à l'objectif attendu, elles sont ensuite envoyées dans d'autres familles. Dans le cas contraire, elles ne servent plus à rien. Cette société nouvelle se base sur la soi-disant "protection des femmes" afin de pouvoir les priver de liberté, voire même de conscience.
Le livre est écrit d'une manière très introspective. Le personnage principal, Defred, nous conte sa vie à travers ses yeux. On suit alors ce qu'elle voit, entend, ses souvenirs ou encore ses pensées brutes. L'aspect psychologique du personnage est donc au centre de l'œuvre, appuyant sur le côté malsain de cette société fictive.
La place des femmes
Les femmes ont des rôles bien définis tout au long de l'histoire.
Il y a tout d'abord les "Epouses" dont le rôle est de rester chez elles. Elles sont assignées à un commandant, pour lequel elles ont des sentiments ou non. Leur rôle n'est que pouvoir et supériorité puisque qu'elles sont maîtresses de leur maison. Pourtant, elles ne représentent rien à côté de leurs maris. Leurs libertés et pouvoirs sont donc fictifs. Et elles le savent.
En dessous se trouvent les Marthes, qui travaillent pour les commandants et leurs femmes. Elles s'occupent des corvées comme le ménage, la cuisine... Elles ont tout de même une sorte d'autorité sur les Anges.
Les Tantes sont assignées à l'éducation des Anges. On ne sait pas grands choses d'elles mais ces personnages semblent avoir une certaine liberté bien que limitée.
En bas de l'échelle se trouvent les Anges. Ces femmes doivent, comme dit précédemment, donner un bébé. Elles ne sont pas libre de leurs mouvements puisqu'elles sont constamment surveillées par l'oeil. Les Anges comme Defred passent le plus clair de leur temps enfermées dans leurs chambres. Si bien que ces dernières sont vides, pour éviter tout suicide. Elles ont également interdiction de converser avec qui que ce soit en dehors des politesses établies par l'Oeil.
L'organisation de cette société nouvelle repose donc entièrement sur la hiérarchie et sur le rôle attribué à chacun. Les femmes sont reléguées à des tâches stéréotypées telles que le ménage, le cuisine, donner naissance ou, pour les plus chanceuses, surveiller le foyer. Pour autant, c'est la fécondité qui prime et qui confère un statut particulier. Les mères porteuses comme Defred sont les gardiennes du renouvellement du genre humain. Leur rôle est donc particulièrement important, les autres femmes ayant perdu leur appareil reproducteur.
Des femmes contraintes à donner la vie ?
Là est tout l'intérêt du livre. A travers le témoignage de Defred, on prend conscience de l'importance de mener à terme une grossesse pour ces personnages. Ce caractère précieux attribué aux Anges reflète cette idée que la femme a pour but premier de se reproduire. Et ce, au delà de tout libre arbitre. Mais aussi que, d'après cette société fictive, la femme n'est pas destiné à faire partie de ce processus. Elle délivre cet enfant à ceux qui en ont besoin. Aux plus puissants. Puis elle disparaît une fois la société satisfaite de son travail de couche. C'est ces propos que l'on peut relier aux mouvements anti-avortement. Ceux-ci mènent également à un effacement de la volonté de l'individu puisqu'ils cherchent à enlever ce choix aux femmes, comme l'a fait l'Oeil. Margaret Atwood part bien plus loin et n'hésite pas à accentuer ces traits. Les femmes sont réduites à ne plus penser qu'à la tâche qu'elles doivent effectuer. Elles ne sont plus rien si ce n'est un espoir de porter la vie. Dans ce livre on y voit la détresse qui en découle, représentée par les pensées de Defred. Cette oppression constante fait que l'envie d'offrir la vie à un enfant a disparu. Toute volonté a même disparu. Ce travail de psychologie mené au travers du cheminement de pensé du personnage principal est très bien utilisé. Il permet de se rendre compte que la volonté humaine est un outil clef pour motiver les Hommes. Que les
choix que nous avons nous permettent d'avancer et que la naissance possède un caractère sacré. A tel point que cette dernière doit pouvoir être choisie.
La Servante Ecarlate nous permet de pouvoir nous questionner sur les liberté des femmes. Mais surtout, elle nous montre leur importance puisque sans elles, le volonté disparaît. Seule celle de les retrouver demeure. Avec un monde en constante évolution et surtout avec les mouvements féministes actuels la question des liberté féminine est plus présente que jamais. Margaret avait dépeint parfaitement les dégâts d'un monde dystopique tourné vers l'interdiction des libertés féminines. Pour autant, cela ne concerne pas que les femmes. Puisque les hommes sont également assignés à un rôle très précis. Mais ce sont les femmes qui, dans cette œuvre, détiennent le rôle principal.